Ce que l'Inde m'a appris : vouloir tout contrôler fatigue davantage que les imprévus

Pendant longtemps, je croyais que la paix naîtrait lorsque tout serait enfin en ordre.

Les dossiers terminés.

Les finances stabilisées.

La maison rangée.

Le calendrier parfaitement organisé.

Je vivais avec cette impression qu'il existait, quelque part devant moi, un moment où tout deviendrait enfin simple.

Puis l'Inde est entrée dans ma vie.

Et, avec elle, une évidence presque déroutante.

La vie ne semble jamais attendre que tout soit parfait pour continuer.

Nous négocions sans cesse avec demain

Nos pensées ressemblent souvent à une longue liste.

Lorsque ceci sera terminé...

Lorsque cette difficulté sera passée...

Lorsque j'aurai davantage de temps...

Alors je pourrai enfin respirer.

Mais demain possède une étrange habitude.

Il se déplace toujours un peu plus loin.

Le yoga ne nous invite pas à abandonner nos responsabilités.

Il nous interroge simplement :

Que se passe-t-il si la paix n'attend pas la fin de vos problèmes ?

Cette question m'a accompagné longtemps.

Le fleuve ne demande jamais au rocher de disparaître

En observant les rivières de l'Inde, une image revenait souvent.

L'eau ne lutte presque jamais.

Elle contourne.

Elle épouse les reliefs.

Elle ralentit.

Puis elle reprend son mouvement.

Notre mental agit souvent à l'inverse.

Il veut que le rocher disparaisse.

Il veut que la vie corresponde exactement à ce qu'il avait imaginé.

Cette lutte silencieuse consume une énergie immense.

Le Samkhya décrit cette agitation comme le jeu incessant de rajas, cette qualité de mouvement qui devient souffrance lorsqu'elle perd sa direction.

La paix ne consiste pas à arrêter le courant.

Elle consiste à apprendre à couler avec lui.

La confiance n'est pas la passivité

On confond parfois le lâcher-prise avec le renoncement.

Pourtant, un jardinier ne contrôle ni la pluie ni le soleil.

Cela ne l'empêche pas de préparer la terre avec soin.

Il agit.

Puis il laisse la vie accomplir ce qu'elle seule peut accomplir.

La Bhagavad-Gītā exprime cette sagesse avec une simplicité bouleversante.

Nous avons un droit sur nos actions.

Jamais sur leurs fruits.

Cette phrase paraît abstraite.

Jusqu'au jour où l'on cesse enfin de vouloir maîtriser ce qui ne dépend pas de nous.

Alors quelque chose s'allège.

La confiance ne supprime pas les incertitudes. Elle nous apprend simplement à ne plus vivre contre elles.

Le contrôle est souvent une peur déguisée

Lorsque je regarde honnêtement mes propres résistances, je découvre rarement un besoin d'organisation.

Je découvre une peur.

Peur de manquer.

Peur d'échouer.

Peur d'être jugé.

Peur de perdre.

Le contrôle devient alors une tentative discrète de rassurer le cœur.

Mais le cœur ne se rassure jamais durablement par davantage de contrôle.

Il se rassure lorsqu'il retrouve une relation de confiance avec la vie elle-même.

C'est peut-être cela que les sages indiens nomment parfois śraddhā.

Une confiance qui ne repose pas sur les circonstances.

Une confiance qui continue d'exister même lorsque tout demeure incertain.

Une autre manière de traverser la vie

Je ne suis pas devenu moins responsable.

Je n'ai pas cessé de préparer.

D'organiser.

De réfléchir.

Mais je crois avoir appris quelque chose.

Nous pouvons tenir fermement une rame...

Sans vouloir commander le fleuve.

Nous pouvons planter une graine...

Sans tirer sur la tige pour accélérer sa croissance.

Nous pouvons aimer profondément...

Sans chercher à retenir ce qui doit un jour poursuivre son chemin.


Le vent ne demande jamais aux feuilles de rester accrochées.

Il les accompagne jusqu'à leur prochain voyage.

Et si la sagesse consistait moins à maîtriser la vie...

Qu'à apprendre, peu à peu, à lui faire confiance ?