đŸ•‰ïž Māyā : Quand Brahmā oublia qui il Ă©tait

Les essentiels

Fermez les yeux un instant.

Imaginez


un océan doré.

Sans rive.

Sans ciel.

Sans bruit.

Pas mĂȘme le chant d’un oiseau.

Pas mĂȘme le souffle du vent.

Seulement une immensité silencieuse.

Calme.

Vivante.

Éternelle.

Sur cet ocĂ©an infini repose le grand serpent cosmique, Ananta Shesha, le support mystĂ©rieux de l’univers.

Et sur lui repose, dans un sommeil divin, Vishnu.

Paisible.

Immobile.

Comme si l’infini lui-mĂȘme respirait doucement.

De son nombril surgit alors un lotus lumineux, éclatant comme mille soleils levants.

Sur ce lotus siÚge Brahma, le créateur des mondes.

Celui qui façonne Ă©toiles, montagnes, riviĂšres, forĂȘts, animaux, royaumes et ĂȘtres innombrables.

Mais un jour


quelque chose se produisit.

Quelque chose qui nous concerne tous.


L’oubli fondamental

Brahmā contempla sa création.

Il vit les montagnes.

Et pensa :

J’ai créé cela.

Il vit les riviĂšres danser Ă  la lumiĂšre.

Et pensa :

Cela vient de moi.

Il vit les rires des enfants.

Les cités grandir.

Les royaumes s’élever.

La beauté du vivant.

Et une pensée subtile prit racine :

Ceci est mon Ɠuvre. Ceci m’appartient. J’en suis l’auteur.

Et c’est lĂ  qu’il s’égara.

Non par orgueil grossier.

Non par méchanceté.

Mais par oubli.

Un oubli intime.

Silencieux.

Presque invisible.

La sagesse indienne appelle cela :

Māyā

On traduit souvent Māyā par « illusion ».

Mais cela va plus loin.

Māyā n’est pas simplement voir quelque chose de faux.

Māyā est :

oublier ce que l’on est rĂ©ellement.

C’est prendre le passager pour l’éternel.

Le rĂŽle pour l’ĂȘtre.

La vague pour l’ocĂ©an.


Le sourire de Vishnu

Alors, depuis l’immensitĂ© silencieuse, une voix s’élĂšve.

Subtile.

Douce.

Comme un murmure dans le cƓur du silence.

Vishnu appelle :

Brahmā
 que fais-tu ?

Brahmā répond :

J’observe ma crĂ©ation. Les mondes que j’ai bĂątis.

Alors Vishnu sourit.

Ce sourire paisible qui contient toute la compassion du cosmos.

Puis


sans un mot


il ferme les yeux.

Et instantanément :

tout disparaĂźt.

Montagnes.

RiviĂšres.

Cieux.

Étoiles.

Créatures.

Royaumes.

Temps.

Formes.

Vie.

Tout s’efface


comme un rĂȘve au rĂ©veil.

Brahmā regarde autour de lui, saisi d’effroi.

OĂč est passĂ© le monde ?

OĂč est passĂ©e sa crĂ©ation ?

Puis lentement


comme une lampe qu’on allume dans une piùce obscure


une compréhension naßt en lui :

Cela n’a jamais Ă©tĂ© Ă  moi.

Je n’étais pas l’auteur. J’étais un instrument.

Le Créateur véritable est cette conscience infinie qui porte tout
 y compris moi.


Notre propre oubli quotidien

Cette histoire n’est pas seulement cosmique.

Elle est profondément humaine.

Chaque jour, nous faisons la mĂȘme chose.

Nous regardons notre carriĂšre et pensons :

J’ai construit cela.

Nous regardons notre famille et pensons :

Je tiens tout cela Ă  bout de bras.

Nous regardons notre corps et pensons :

Ceci est moi.

Nous regardons nos succĂšs :

Mon mérite.

Nos blessures :

Mon histoire.

Nos possessions :

Ma vie.

Et doucement


nous nous nouons intérieurement à ce qui change.

Puis lorsque cela s’éloigne


nous souffrons.

Non seulement par perte.

Mais parce qu’une identitĂ© entiĂšre Ă©tait attachĂ©e Ă  cette chose.

VoilĂ  la douleur secrĂšte.

Voilà Māyā.


Krishna éclaire ce mystÚre

Dans la Bhagavad Gita, Krishna dit Ă  Arjuna :

Celui qui croit ĂȘtre seul l’auteur de ses actes est dans l’illusion.

Non que nos efforts soient inutiles.

Ils comptent.

Profondément.

Mais croire :

je suis seul à porter la marée

est la confusion de la goutte oubliant l’ocĂ©an.

Respirez un instant.

Votre cƓur bat sans que vous l’ordonniez.

Vos cellules Ɠuvrent sans votre supervision.

Le soleil se lĂšve sans votre intervention.

La Terre vous porte sans rien demander.

L’air vient à vos poumons comme une grñce silencieuse.

Combien de choses vous soutiennent dĂ©jà
 sans que vous ayez Ă  tenir le monde ?


Vismaya, l’émerveillement sacrĂ©

AprÚs sa réalisation, Brahmā ne cesse pas de créer.

Il continue.

Mais autrement.

Avec gratitude.

Avec humilité.

Avec émerveillement.

Les sages nomment cela :

Vismaya

L’émerveillement divin.

Non pas l’étonnement naĂŻf.

Mais cette reconnaissance profonde :

Quelle merveille que d’exister.

Que la conscience puisse penser.

Que le cƓur puisse aimer.

Que le souffle entre et sorte.

Que la lumiĂšre du matin touche la peau.

Que l’odeur de cardamome chaude monte d’une tasse tenue entre les mains.

Que le silence aprÚs la pluie ait tant de présence.

Le plus haut Ă©tat n’est peut-ĂȘtre pas de tout comprendre. Mais de vivre dans l’émerveillement conscient.


Le Vedānta murmure une vérité simple

Vous n’ĂȘtes pas ce que vous possĂ©dez.

Vous n’ĂȘtes pas vos rĂŽles.

Vous n’ĂȘtes pas votre statut.

Vous n’ĂȘtes mĂȘme pas simplement ce corps.

Vous ĂȘtes cette conscience dans laquelle tout apparaĂźt.

Le témoin.

Le Soi.

Ātman.

Cette présence qui observe vos pensées.

Qui a vu passer vos joies.

Vos peines.

Vos peurs.

Vos succĂšs.

Vos pertes.

Et qui demeure intacte.

Toujours.

Comme le ciel derriĂšre les saisons.

Comme l’ocĂ©an sous les vagues.


Une question pour aujourd’hui

Alors posez-vous doucement cette question :

Qu’ai-je oubliĂ© de moi aujourd’hui ?

Et plus profondément :

Que pourrais-je retrouver si je cessais un instant de vouloir tout posséder, tout contrÎler, tout retenir ?

Ne cherchez pas une réponse immédiate.

Asseyez-vous avec la question.

Comme on s’assoit prĂšs d’une lampe Ă  huile au crĂ©puscule.

Calmement.

En silence.

Car certaines vérités ne viennent pas par le bruit du mental.

Elles montent doucement


du fond immobile de l’ĂȘtre.

L’illusion n’est pas qu’elle nous trompe. Son grand secret est qu’elle finit, un jour, par nous ramener vers le rĂ©el.

Et peut-ĂȘtre


vers ce que nous n’avons jamais rĂ©ellement cessĂ© d’ĂȘtre. 🌿