✨ Le plus grand champ de bataille que j'ai rencontré n'était pas dans le monde
Une réflexion née de la pratique, des observations et de ce que la Bhagavad Gītā murmure silencieusement
Il existe des choses que l'on ne comprend pas dans un livre.
On les rencontre.
Puis on les vit.
Et parfois seulement des années plus tard on réalise que l'on était déjà en train de les apprendre sans le savoir.
Lorsque j'ai commencé le yoga et certaines pratiques méditatives plus profondes, je pensais naïvement que le calme apparaîtrait rapidement. J'imaginais qu'après suffisamment d'exercices, suffisamment de respiration, suffisamment de discipline, le mental finirait par devenir silencieux.
J'avais une image presque romantique de la paix intérieure.
Puis j'ai observé quelque chose.
Chez moi d'abord.
Puis chez d'autres.
Puis presque partout.
Derrière des visages parfaitement ordinaires, quelque chose semblait lutter en permanence.
Certaines personnes couraient après davantage d'argent.
D'autres cherchaient à réparer des relations.
D'autres encore vivaient enfermées dans leurs pensées jusqu'à tard dans la nuit.
Et parfois tout cela concernait une seule et même personne.
Extérieurement rien n'était visible.
Intérieurement il y avait une bataille.
Avec le temps, une représentation très simple s'est dessinée dans mon esprit.
Pas une vérité scientifique.
Pas une classification rigide.
Plutôt une carte intérieure.
Une sorte de pyramide mentale silencieuse.
J'ai commencé à observer trois grands paysages.
J'aurais envie de les appeler :
90 % : le mental réactif
9 % : le mental chercheur
1 % : le mental témoin
Non comme des chiffres absolus ou scientifiquement prouvés.
Mais comme trois états dans lesquels nous voyageons tous.
Parfois plusieurs fois dans une seule journée.
Le premier paysage : les 90 % du mental réactif
J'ai longtemps vécu là.
Et je crois que beaucoup d'entre nous y passent une grande partie de leur existence.
Dans cet état, le mental devient une succession automatique de réactions.
Une remarque blessante provoque immédiatement une colère.
Une difficulté crée immédiatement une peur.
Un compliment nourrit immédiatement l'ego.
Une inquiétude devient une histoire entière.
On ne choisit plus réellement.
On répond mécaniquement.
Avec les années j'ai observé quelque chose d'étrange.
La plupart de nos souffrances ne viennent pas toujours directement des événements.
Elles viennent surtout de la manière dont le mental les interprète.
La Bhagavad Gītā associe cela aux mouvements de Rajas et Tamas.
Le mouvement excessif.
L'agitation.
L'inertie.
L'obscurité intérieure.
Dans cet état nous pensons souvent :
Si seulement ma situation changeait, alors je serais enfin paisible.
Si seulement davantage d'argent arrivait.
Si seulement cette relation s'améliorait.
Si seulement les autres me comprenaient.
Si seulement mon corps était différent.
Mais avec l'expérience une chose apparaît presque comme une évidence :
le monde a été construit pour bouger.
Les personnes changent.
Les circonstances changent.
Le corps change.
Le temps change.
Chercher une paix stable dans quelque chose qui bouge sans cesse ressemble parfois à vouloir dessiner sur la surface d'une rivière.
Le deuxième paysage : les 9 % du mental chercheur
Puis quelque chose se produit.
La fatigue apparaît.
Une fatigue étrange.
Pas forcément physique.
Une fatigue plus profonde.
Une fatigue mentale.
On commence à chercher.
On lit davantage.
On écoute des enseignements.
On découvre le yoga.
La méditation.
Les Upanishads.
La Bhagavad Gītā.
On comprend progressivement :
Le problème n'est peut-être pas le monde.
Peut-être que le problème est la relation que j'entretiens avec mon mental.
Mais j'ai remarqué une autre chose.
Beaucoup de chercheurs restent bloqués ici.
Moi aussi parfois.
Parce qu'on essaie de sortir des pensées... en pensant davantage.
Le mental crée alors des débats imaginaires.
Pourquoi est-ce que je ressens cela ?
Pourquoi ai-je peur ?
Que se passera-t-il demain ?
Comment résoudre cela ?
Comment résoudre le fait de vouloir résoudre cela ?
L'esprit devient un tribunal qui ne ferme jamais.
On possède davantage de connaissances.
Mais pas forcément davantage de paix.
J'ai rencontré des personnes très cultivées spirituellement qui semblaient pourtant intérieurement épuisées.
Elles connaissaient les textes.
Elles connaissaient les concepts.
Mais leur mental continuait à combattre sans arrêt.
Le troisième paysage : le 1 % du témoin silencieux
Puis parfois quelque chose change.
Pas avec bruit.
Pas avec un feu d'artifice intérieur.
Presque discrètement.
On réalise une chose extraordinairement simple :
Je ne suis peut-être pas chacune de mes pensées.
Je suis celui qui les observe.
Cette compréhension paraît banale lorsqu'on la lit.
Mais lorsqu'on la ressent réellement, quelque chose se déplace profondément.
Une peur apparaît.
Elle est vue.
Une colère apparaît.
Elle est vue.
Une tristesse apparaît.
Elle est vue.
Plus besoin de lutter.
Plus besoin de fuir.
Dans la Gītā, Krishna explique :
Lorsque le mental s'égare, ramène-le doucement vers le Soi.
J'ai longtemps pensé qu'il fallait contrôler le mental.
Aujourd'hui je le comprends différemment.
Il ne s'agit pas toujours de contrôler.
Il s'agit souvent de revenir.
Encore.
Et encore.
Comme on reconduit doucement un enfant agité vers la maison.
Ce que des années de pratique m'ont discrètement appris
Je pensais autrefois que la paix intérieure était quelque chose qu'il fallait obtenir.
Aujourd'hui je me demande parfois si elle n'est pas déjà là.
Peut-être qu'elle attend simplement derrière le bruit.
Derrière les histoires répétées du mental.
Derrière les peurs que nous nourrissons sans même nous en apercevoir.
La pratique ne semble pas fabriquer quelque chose.
Elle retire parfois simplement ce qui recouvre déjà cette tranquillité.
Phrase-bijou
Chercher à faire taire chaque pensée fatigue. Apprendre à les regarder repose.
Une respiration avant de partir
Le ciel ne lutte jamais contre les nuages.
Il les laisse traverser son immensité.
Peut-être qu'au fond nous avons passé beaucoup de temps à vouloir devenir des nuages plus beaux, plus lumineux ou plus parfaits.
Et si nous étions simplement le ciel qui les regarde passer ?